oct
Rédiger un petit dossier de présentation
Au moment de la création et du lancement de l’association et chaque fois qu’ils doivent présenter leur structure, les fondateurs doivent disposer d’un « synopsis » de quelques pages présentant brièvement leur projet associatif dans ses grandes lignes. Il s’agit en fait de l’équivalent du plan d’affaires dans le monde des entreprises. Ce document doit développer une vision à moyen terme (3-5 ans), appuyée sur une description des moyens de l’association et d’une prévision des ressources qu’elle compte mobiliser.
L’ensemble du dossier devra être agréable à l’œil, synthétique et clair dans la forme, modeste et réaliste sur le fond. Le critère du bon dossier est classique : le lecteur doit y trouver la réponse aux quelques questions simples qu’il se pose à propos du projet associatif. Les réponses à fournir concernent les aspects suivants : une nouvelle association, pour quoi faire ? Avec qui ? Au bout du compte, quel sera l’apport réel de votre structure, quelle utilité sociale allez-vous procurer à la collectivité ?
Votre lecteur cherche également à s’assurer que ce que vous décrivez dans votre dossier correspond bien à la réalité de votre projet ; il faut donc documenter autant que possible le dossier de présentation. Trop de présentation souffrent d’un ton excessivement théorique : les déclarations de principe se succèdent, sans qu’apparaisse le moindre élément concret permettant de situer l’action de l’association.
Votre association pour quoi faire ?
La question du « pour quoi faire » qui renvoie à l’objet associatif, aux moyens mis en œuvre, aux chantiers de l’association et, -finalement-, au modèle économique de la structure.
Pour présenter votre association et ses activités, il est utile de respecter une progression :
Objet et buts -> Moyens mis en oeuvre -> Chantiers
Cette distinction entre les buts, les moyens et les activités quotidiennes de la structure s’applique en principe à tous types d’activité. Elle permet d’afficher clairement le projet associatif, en distinguant ce qui relève des principes fondateurs et ce qui a trait au métier à proprement parler.
L’objet et les buts poursuivis
Dans les premiers articles des statuts, les fondateurs ont décrit l’objet associatif. Ils ont fixé en termes généraux les buts poursuivis par la structure, en définissant le domaine dans lequel l’association produit son utilité collective (par exemple, la protection de la petite enfance ou la réduction du fossé numérique). Cette identification doit être sans ambiguïté. Votre interlocuteur doit comprendre immédiatement quel est le « métier » que vous revendiquez.
La présentation de l’objet associatif doit être réalisée avec soin. Trop général, l’objet paraîtra lointain, voire utopique. Laissé dans le flou, le véritable sens du projet ne transparaîtra pas aux yeux de votre interlocuteur et l’empêchera d’identifier clairement l’intérêt de votre initiative.
A l’inverse, si elle est trop précise, la description de l’objet associatif risque de donner l’impression que la dimension collective de votre projet est finalement limitée, voir qu’il sert des intérêts particuliers.
Par exemple, une association souhaite s’engager au service du covoiturage, un système d’échange qui permet à plusieurs personnes d’utiliser le véhicule d’une d’entre elles pour faire un trajet commun. Bien qu’il présente de nombreux avantages, le covoiturage est peu développé en France, en comparaison de l’Allemagne ou du Canada.
L’association se propose de valoriser les ressources matérielles des NTIC pour contribuer au développement du covoiturage.
L’article 2 des statuts à propos de l’objet associatif est ainsi rédigé : « L’association se fixe comme but de soutenir et de promouvoir le système du covoiturage en France, en mettant en œuvre les ressources techniques des NTIC. »
Pour situer clairement votre projet en termes sectoriels, utilisez une matrice d’activité (de préférence celle de l’Organisation Internationale des organismes à but non lucratif que nous donnons ici).
Notre association situe son action dans la perspective d’un développement durable, la lutte contre la pollution et la préservation des ressources naturelles. Elle porte également des valeurs humanistes, dans le sens où le covoiturage est une forme concrète de solidarité entre les personnes et qu’il favorise la rencontre et la création de lien social.
Les moyens mis en oeuvre
La question de l’objet renvoie nécessairement à celle des moyens mis en œuvre par votre structure. Les buts poursuivis et les valeurs défendues ne prennent de sens que s’ils sont servis par des moyens adaptés.
Les moyens de l’association, c’est la manière dont la structure contribue à l’intérêt général, en exercant son (ou ses) métier(s) : l’organisation de conférences auprès des enseignants, l’exploitation d’un centre d’accueil ou bien l’animation d’un forum de discussion à propos des NTIC, la mise à disposition d’une plateforme logicielle en open-source…
Au service d’une juste cause, la moindre des contributions peut être d’utilité sociale ou présenter un intérêt collectif, la question n’est donc pas sur la quantité des moyens déployés.
Par ailleurs, selon les circonstances, les opportunités et les initiatives, les métiers de l’association peuvent être conduits à évoluer dans le temps.
Votre interlocuteur cherchera plutôt à évaluer le bien-fondé de vos choix et la crédibilité de votre équipe.
Pour la recherche et le dialogue avec les partenaires extérieurs, cette distinction entre objet et moyens permet de tenir un langage clair. Pour ses partenaires, l’association doit se situer dans une démarche d’intérêt général bien identifiée mais elle n’en garde pas moins sa propre manière d’agir et reste maître des conditions dans lesquelles elle produit son utilité sociale.
Dans notre cas pratique, l’association se propose de valoriser les ressources matérielles des NTIC pour fournir aux acteurs socio-économiques (administrations, collectivités locales, entreprises privées, syndicats, grands employeurs, particuliers) les outils technologiques nécessaires à la pratique du covoiturage.
Les chantiers de l’association
Les chantiers de l’association sont les différents projets qu’elle conduit ou se propose de conduire. Les chantiers évoluent selon les opportunités rencontrées par l’association et les initiatives des personnes qui la composent. En général, il est préférable de ne pas faire figurer les chantiers dans les statuts, car ils ont vocation à se renouveler dans le temps.
Certaines associations ont un chantier unique et permanent, la gestion d’un équipement collectif par exemple ; d’autres conduisent plusieurs chantiers en même temps qu’elles doivent renouveler sans cesse, les associations organisant des spectacles par exemple.
Eviter l’envahissement du management associatif par le concept de projet.
Ah les sacrosaints projets! Ils fonctionnent comme les indispensables et providentiels éléments d’un système de survie et d’alimentation budgétaire des associations et des autres instances du tiers secteur, celui de l’économie sociale et solidaire. Car les sponsors, et aussi désormais les pouvoirs publics et les mécènes, préfèrent évidemment contribuer au financement d’activités visibles et positives plutôt que d’obscures structures administratives, pourtant nécessaires. [...]
Quand l’Etat se prend pour une entreprise et se comporte comme un sponsor, il en vient à confondre subvention et investissement, aide à fonds perdus et soutien financier accordé avec le ferme espoir d’un retour en termes de notoriété et d’image.
Ce diagnostic a été écrit pour des associations suisses mais il serait identique de notre côté des Alpes. On s’accordera sur les vertus de la gestion de projet sur le plan du management associatif mais les dérives sont fréquentes : la multiplication des projets conduirait à une course à la visibilité, dérive dont l’Etat-sponsor serait en fait le responsable.
Je pense que les gens font ici un contresens. L’organisation de l’action associative sous forme de projets, de chantiers ou d’actions ne correspond pas principalement à un recherche de visibilité mais plutôt au souci de donner au projet associatif une plus grande lisibilité.
Pour les dirigeants, je préconise l’organisation sous forme de projets autonome car elle dynamise le management.
Chaque activité mise en place dans l’association se définit dans un contexte déterminé, répond à des objectifs, peut se décliner de différentes manières et nécessite des moyens adaptés. Elle peut ainsi être envisagée comme un projet, porté par l’association mais disposant d’une existence autonome.Qu’il s’agisse d’activités récurrentes, qui se répètent chaque année, ou d’une nouvelle activité, les dirigeants auront intérêt chaque fois à considérer la chose d’un œil neuf. Construire chaque activité de l’association comme un nouveau projet, c’est adopter un processus créatif, exclusif de tout laxisme ou amateurisme, mais aussi de toute routine. Extraits du guide pratique des associations 1901, Editions d’organisation.


